Plus qu’une bobine : Les dents de la mer

Genre : Thriller / Action

Durée : 2h04

Le film est l’adaptation du roman du même nom (titre original : Jaws). Qui est écrit par Peter Benchley. Il est paru un an avant le film soit en 1974.

Synopsis

A quelques jours du début de la saison estivale, les habitants de la petite station balnéaire d’Amity sont mis en émoi par la découverte sur le littoral du corps atrocement mutilé d’une jeune vacancière. Pour Martin Brody, le chef de la police, il ne fait aucun doute que la jeune fille a été victime d’un requin. Il décide alors d’interdire l’accès des plages mais se heurte à l’hostilité du maire uniquement intéressé par l’afflux des touristes. Pendant ce temps, le requin continue à semer la terreur le long des côtes et à dévorer les baigneurs…

Allociné

Un regard sur la distribution

Réalisation : Steven Spielberg

Production : David Brown et Richard D. Zanuck

Acteurs notables : Roy Scheider, Robert Shaw, Richard Dreyfuss

Je m’attaque donc à l’enfance de beaucoup de personnes. Spielberg est considéré comme l’un des plus grand nom du cinéma depuis les années 80. C’est un réalisateur de talent, mais je n’en suis pas pour autant « fan ». Voyons ce que nous pouvons voir à travers ce film.

Bande-annonce VF Les dents de la mer

Les scènes qui ont retenu mon attention

L’introduction de ce film nous met directement face à l’enjeu principal du film : une attaque de requin. Nous voyons ici une jeune femme se faire entraîner sous l’eau par quelque chose. Elle plonge et remonte plusieurs fois. Elle fini par s’agripper à une bouée de signalisation pour se faire attraper une dernière fois par ce qui nous sera être révélé être un requin. Le comportement de la bête semble très étrange. Rien à voir avec une attaque de squale ordinaire.

La jeune femme sera retrouvée en pièces détachées. Par le seul agent de police sous le commandement de notre héro. Ce dernier, Martin Brody (interprété par Roy Scheider) commence son premier été en tant que chef de la police de la petite station balnéaire. C’est la première fois qu’il couvre une affaire de ce genre. Il pourrait s’appuyer sur son second, mais cela semble impossible. L’expression du jeune agent montre son effroi. La situation le dépasse complètement, il est tétanisé. Il semble absent psychiquement de la scène. Brody est donc le seul représentant de la loi qui fait réellement face à ce cadavre. Ce qui prévient le spectateur pour la suite.

Seul, le chef de la police, l’est bien. A la suite de la découverte du corps, il est logique pour lui de limiter l’accès aux plages. Martin souhaite donc planter des panneaux d’information interdisant la baignade. Il se heurte à une difficulté inattendue : il n’existe aucun affichage de la sorte dans Amity. En questionnant le maire et ses conseillers, il remarque que le pouvoir en place désir faire fructifier un maximum les commerces liés au tourisme. Il est alors impensable pour les autorités de répandre l’information ou de fermer les plages. L’argent et le pouvoir politique prennent alors le pas sur la protection de la population. Ayant pour mission de s’occuper de protéger les citoyens notre protagoniste principal se retrouve isolé.

L’antagoniste majeur de cette histoire est le requin. Il est défini comme étant un « grand requin blanc ». Grand, l’animal l’est sans aucun contexte, mais est-il un requin blanc ? Durant le film, de nombreuses occasions d’apercevoir la bête féroce nous sont proposées. Dans certaines de ses apparitions le carnassier nous fait une démonstration de son gigantisme (jusque dans l’affiche du film). Ce n’est pas une requin ordinaire, ce qui nous est confirmé par Matt Hooper (interprété par Richard Dreyfuss), un spécialiste des squales. Le réalisateur du film et l’équipe des effets spéciaux (ici en animatronique) se sont amusés avec la représentation de l’animal.

Les personnages du film, eux aussi s’amusent de la représentation du requin. Je ne parle pas ici uniquement du maire et de son équipe qui se moquent du danger au profit de leur position et de l’aspect lucratif des côtes. Je fais référence aux deux jeunes garçons qui enfilent un costume rappelant les hélerons du chasseur aquatique (aux alentours des 55 min de film). Avec leur déguisement ces garnements vont simuler une attaque dans une zone de baignade censée être protégée. Nous pourrions y voir une adaptation libre du « Garçon qui criait au loup« . J’y vois pour ma part un clin d’œil de Spielberg nous indiquant que tout ceci est faux, nous sommes dans un film, ce n’est qu’un « jeu ».

En s’approchant de la fin du film, une scène m’a particulièrement touché. Il s’agit d’une pause lors de la traque final en haute-mer contre l’animal. Pendant la nuit, nos pêcheurs s’accordent un moment alcoolisé dans la cale du navire. Comme pour prouver leur valeur Matt Hooper et Quint (interprété par Robert Shaw) comparent leurs cicatrices et les histoires qui vont avec. De récit en récit, Quint, qui repoussait les autres jusqu’à présent, commence à se livrer. Il fini par raconter son passé dans l’armée pendant la seconde guerre mondiale. Nous rappelons avec son histoire les capacités destructrices de l’Homme. Ce qui questionne sur la nature de la véritable menace se trouvant sur l’océan.

La démonstration de violence qu’est la guerre nous est rappelé également lors du final. Le monstrueux requin explose en même temps que la joie de notre héro. L’océan se teint en rouge et le visage de Martin est éclairci du blanc de ses dents.

Un regard psychologique

Ce que l’être humain ne connait pas, il en a peur. Il le rejette. Le requin est ici un étranger. Un antagoniste dont nous ne connaissons pas les codes, la façon d’agir, le langage. L’eau est son élément, de ce fait nous ne le voyons jamais entièrement ce qui rend son observation et sa compréhension plus difficile, engendrant l’effroi.

Un besoin de maîtriser ce qui nous entoure ? L’homme est un animal terrestre, dans l’eau il n’est plus vraiment maître de la situation. Ce manque de contrôle le pousse à paniquer plus facilement. Le spectateur perd lui aussi ses repères dans l’étendue bleutée qui lui est présentée à l’écran et s’immerge avec « l’angoisse crescendo » des personnages.

L’esprit humain, comme le reste de la nature, n’aime pas le vide. Lorsqu’il se retrouve face à une question à laquelle il ne connait pas la réponse, il va chercher à combler ce vide. C’est le propre de la croyance, qu’elle soit politique, culturelle ou même religieuse. Le requin étant méconnu et possédant une carrure impressionnante, il devient alors une menace aux yeux de tous. Cette image est aujourd’hui colportée par les médias qui se jouent de la paranoïa générale sur le squale, créant un tolet à chaque attaque recensée, malgré la rareté des faits.

Un autre moyen de combler ce vide et de lutter contre la peur est l’intellectualisation, nommé comme mécanisme de défense par Anna Freud. Le personnage de Roy cherche à utiliser ce procédé par ses recherches en début de film. Malheureusement, il se heurte au manque d’informations concernant l’animal. « Personne ne connait la longévité des requins. Ils vivent 2000 ou 3000 ans on n’en sait rien. » Le personnage de Matt est lui aussi sous ce phénomène, c’est en adéquation avec son métier de chercheur.

Pour l’ensemble des habitants d’Amity et par extension du spectateur, le mécanisme utilisé semble être la projection. Les peurs et angoisses de chacun sont déportées sur le requin. Il est possible par ce mécanisme de voir en la créature une forme de bouc-émissaire. La responsabilité des attaques n’étant jamais portée sur le comportement humain, mais sur l’animal qui ne fait que suivre son instinct.

Un point écologique

En 2015, lors d’une année record, 98 attaques de requins, pour 6 mortelles, ont été recensé. Ces attaques sont dues à deux éléments :

  • En premier, par le réchauffement climatique et la surexploitation maritime, les zones de chasses des requins ont évolués et l’être humain s’obstine à vouloir nager sur le territoire des squales.
  • En second, l’homme se contente rarement d’une simple nage. Nous utilisons des palmes, des planches et autres accessoires donnant avec la vue défaillante des grands carnassiers l’aspect de phoque (un mets de choix pour l’animal).

A contrario la pêche aux requins tue environ 100 000 animaux par an. Que ce soit pour la traditionnelle soupe chinoise d’hélerons, le sport ou pour « protéger nos côtes », c’est un véritable massacre, mettant en danger la survie de plusieurs espèces.

L’histoire de les dents de la mer a fait énormément de mal à l’image de ces prédateurs. L’auteur du livre, ressentira beaucoup de remords après la parution de son livre et surtout de son adaptation qui a engendré une forme de phobie-collective auprès de la population mondiale. Se sentant fautif, l’écrivain consacrera les dernières années de sa vie à l’étude et la protection de ces animaux. A sa mort en 2006 sera créé le prix Océan Peter Benchley récompensant le travail de personne luttant pour la sauvegarde des étendues salées.

Mon avis sur cette bobine

Même si je me suis un peu ennuyé en revisionnant l’oeuvre pour cet article, je reconnais de nombreux points positifs au film. Des effets spéciaux réussis pour l’époque, des acteurs tout à fait crédibles, un scénario cohérent et une réalisation des plus propres. Ce qui est le plus remarquable pour moi dans ce long-métrage c’est le travail de John Williams à la composition.

La bande originale est ici plus qu’un accompagnement sonore pour les scènes. Au-delà de créer une ambiance, la musique sert réellement l’action, sublimant la réalisation. De plus, si on vous dit « La musique de Les dents de la mer » et que vous avez déjà vu le film vous saurez immédiatement de quel morceau on vous parle. C’est marquant et je vous laisse en profiter !

Bande-originale du film Les dents de la mer

En somme

C’est un vieux film dont je vous ai parlé aujourd’hui. Un film qui a marqué à la fois l’histoire du cinéma en révélant au grand public son réalisateur, mais qui a aussi bousculé notre vision du monde aquatique. Ce film nous apprend beaucoup de choses sur nous-mêmes, sur notre approche du monde. Même s’il est très loin d’être l’une de mes œuvres cinématiques préférées, Les dents de la mer reste un classique qu’il est important de faire découvrir aux futurs générations, à la condition sine qua non de le mettre en perspective de la réalité biologique et écologique concernant les requins.

Laisser un commentaire